Derrière le faux meurtre d’oiseau, les vraies horreurs de TotalEnergies en Afrique de l’Est

Un canular choc qui pointe du doigt le géant pétrolier pour son oléoduc destructeur
Paris, le 14 septembre 2021


Ce lundi, devant de nombreux journalistes et cadres d’entreprise, activistes filous prétendant être de la multinationale pétrolière TotalEnergies ont dévoilé RéHabitat. Ce programme de conservation basé sur “l’équivalence d’habitat” a pour objectif de sauver les animaux menacés par le projet d’oléoduc EACOP (East African Crude Oil Pipeline) en les réintroduisant dans des habitats “plus durables” en France.

Pour illustrer le projet, des spécialistes de la faune sauvage ont présenté un coq français accueillant un calao à joues argent tout juste arrivé d'Afrique de l'Est. Quand soudain, à la stupéfaction de toutes les personnes présentes et des téléspectateurs du monde entier qui suivaient la retransmission en direct, le coq a violemment attaqué et tué l'oiseau africain sans défense, dans un sanglant tourbillon de plumes. L'événement s’est alors transformé en terrible métaphore de la destruction que générera le projet EACOP de TotalEnergies en Afrique de l'Est.

Découvrez la vidéo et les photos et graphiques. Voir la couverture presse par l’AFP, L’Obs, TV5 Monde, Huffington Post, Neon, BFM, Energy Voice, Blast, et sur Twitter.

Une fois les plumes envolées, la vérité a été révélée : il s'agissait en réalité d'un canular orchestré par les activistes satiriques américains Les Fixers et les Yes Men. Les “oiseaux” étaient en fait des marionnettes, et les représentants de la société des acteurs. Mais le danger que représente le projet EACOP pour certains des écosystèmes les plus fragiles du monde et pour les droits humains reste, lui, bien réel. Lorsque Natalie Whiteman et Jeff Walburn des Fixers ont découvert le projet EACOP, ils ont su qu’ils devaient faire quelque chose.

Natalie Whiteman explique : “Total a trouvé le moyen de faire du greenwashing sur son soutien à l'effondrement écologique. On a simplement dit tout haut ce qu’ils voulaient cacher”.

Le programme satirique RéHabitat a été conçu pour pointer du doigt l'hypocrisie de TotalEnergies. L'entreprise finance des campagnes massives de greenwashing qui la font apparaître comme responsable, alors qu'elle est en réalité fortement engagée dans l'expansion de projets pétroliers et gaziers dans le monde entier. L'action visait aussi l’implication des banques - notamment la Standard Bank, l'ICBC et la SMBC - qui soutiennent ce projet d'oléoduc et la dévastation écologique qu'il va créer.

“Ils dépensent tant d'argent pour se présenter sous un faux jour qu'il est urgent de présenter TotalEnergies de manière plus transparente : c’est-à-dire comme des destructeurs de la nature impérialistes, tout particulièrement en Afrique de l'Est avec les projets Tilenga et EACOP”, a réagi Jeff Walburn des Fixers.

Photos par Jérémie Jung

TotalEnergies développe deux méga-projets pétroliers en Ouganda et en Tanzanie :

  • le projet pétrolier Tilenga prévoyant le forage de plus de 400 puits pétroliers, dont 132 au sein du parc national de Murchison Falls, la plus grande et la plus ancienne zone protégée d'Ouganda, dans la région des Grands Lacs, pour produire 200 000 barils de pétrole par jour ;
  • l'oléoduc EACOP, long de 1443 km, qui deviendrait le plus long oléoduc chauffé au monde et traverserait des zones humides, des aires protégées et des écosystèmes fragiles, de Hoima en Ouganda au port de Tanga en Tanzanie.

Les deux projets sont liés à des violations des droits humains et ont déjà généré l'expropriation de plus de 100 000 personnes, principalement des paysans qui sont totalement ou partiellement privés de leurs terres depuis plus de deux ans maintenant, avant même d'avoir reçu la moindre compensation.

Au niveau local et international, la société civile est fortement mobilisée contre ces deux projets. Hier, plusieurs organisations avaient accepté de jouer le jeu du canular sur les réseaux sociaux.

Selon Juliette Renaud, responsable de campagne aux Amis de la Terre France, “Depuis deux ans, nous dénonçons, jusque devant les tribunaux français, les violations continues des droits humains et les risques de dommages environnementaux irréversibles des projets de Total en Ouganda et en Tanzanie. Mais la seule réponse de l'entreprise a été, une fois de plus, de développer une stratégie de greenwashing. La vérité est très simple : ces projets doivent être immédiatement abandonnés et Total doit être tenu légalement responsable de leurs conséquences dramatiques, et contraint d'apporter des réparations effectives aux communautés affectées.”

Charity Migwi, responsable de campagne à 350Africa.org, a ajouté : “Le modèle économique de TotalEnergies a des effets dévastateurs sur l'environnement et la biodiversité. La multinationale contribue à la destruction de toutes les formes de vie, sans parler de son rôle actif dans l'accélération du changement climatique. Ils ont menti et conspiré pour bloquer les réglementations environnementales et maintenir leurs profits. Nous ne pouvons plus assister à la destruction de notre avenir en restant les bras croisés. TotalEnergies doit changer son modèle économique de pollueur toxique, se retirer des projets Tilenga et EACOP en Ouganda et en Tanzanie et laisser les combustibles fossiles dans le sol.”

Rejoignez la lutte pour #StopEACOP ici et ici.

Photos par Jérémie Jung

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Jeff Walburn: +1 646-661-2937
Natalie Whiteman: +1 463-219-3680